# La gouvernance mondiale du climat à l'ère de la géoéconomie
**Date de l'événement :** 22/10/2025
* Publié le 22/10/2025

### Date
01/11/2025

## Chapô
**Alors que les investissements se détournent de la décarbonation au profit des dépenses militaires, la gouvernance mondiale du climat, incarnée par les COP, doit impérativement se réformer. Elle doit mettre l’accent sur la mise en œuvre de ses objectifs plutôt que sur la négociation et renforcer sa mobilisation des acteurs non étatiques. Elle doit, surtout, tisser des liens plus étroits entre action climatique, commerce mondial, finance, industrie et innovation, au moyen d’une tarification carbone robuste et équitable et de partenariats commerciaux et d’investissement centrés sur la décarbonation.**

## Corps du texte
L’accord de Paris, à l’issue de la COP21 de 2015, a eu des effets importants et concrets. Les engagements pris par les États ont permis de réduire les projections de réchauffement d’ici à la fin du XXIe siècle de 3,6 °C à 2,7 °C, puis de les réduire à 2,1 °C lors de la COP26, à condition bien sûr que tous les engagements pris à l’issue de cet accord soient respectés. L’accord a fait de la décarbonation complète de l’économie mondiale un horizon commun de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), suscitant, de la part des États, des entreprises, des investisseurs, des villes et des collectivités territoriales, une vague d’engagements en faveur de la neutralité carbone – c’est-à-dire la « trajectoire zéro émission nette » d’ici à 2050 qui doit permettre de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Il a favorisé la mise en œuvre de plans climat-développement d’ici à 2030 via les contributions déterminées au niveau national (CDN), donnant un cadre aux investissements bas carbone. Il a réorienté le secteur énergétique vers les technologies renouvelables au détriment des énergies fossiles : de 1,5 trillion de dollars en 2015, les investissements dans ces dernières ont été légèrement réduits, pour passer à 1,2 trillion en 2024, tandis que ceux effectués dans les énergies bas et zéro carbone ont nettement augmenté, passant de 1,2 trillion en 2015 à 2 trillions en 2024.

Pour une réforme de la gouvernance du climat
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Néanmoins, l’accord de Paris reste insuffisant pour obtenir, d’ici à 2030, les réductions d’émissions nécessaires à l’objectif de neutralité carbone en 2050 : l’écart entre les objectifs des CDN pour 2030 et la trajectoire zéro émission nette est estimé à 14 gigatonnes de carbone pour une limitation du réchauffement à 2 °C, et à 22 gigatonnes pour une limitation à 1,5 °C. Par ailleurs, la gouvernance mondiale du climat a peu évolué depuis l’adoption, lors de la COP24 de Katowice en 2018, des règles d’application de l’accord de Paris (_Paris Rulebook_) visant à rendre les engagements des pays transparents, équitables et mesurables. Il faudrait pourtant la réformer, car les buts et le contexte de cette gouvernance ont changé.

> _2 trillions de dollars ont été investis dans les énergies bas et zéro carbone en 2024, contre 1,2 trillion en 2015._
> 
> _1,2 trillion de dollars ont été investis dans les énergies fossiles en 2024, contre 1,5 trillion en 2015._

Face à ce constat, plusieurs pistes de réflexion méritent d’être explorées. Jusqu’à présent, la gouvernance mondiale du climat a surtout été utile pour fixer de nouveaux objectifs, mais elle peine à créer les conditions de leur mise en œuvre et à concevoir des incitations efficaces. Combler le fossé entre ambition et action doit maintenant être la priorité. Cela exige de repenser le système ainsi que ses incitations et son articulation avec les cadres commerciaux et financiers mondiaux. De nouvelles façons de mobiliser le secteur privé doivent aussi être trouvées.

La gouvernance doit s’adapter à un contexte géopolitique et géoéconomique où priment désormais sécurité économique et souveraineté. Une approche à trois niveaux s’impose pour cela. Il convient premièrement d’inverser la logique des COP afin de prioriser la mise en œuvre ; deuxièmement, de renforcer la transparence et la redevabilité de l’instrument de mobilisation des acteurs non étatiques qu’est l’Agenda de l’action ; troisièmement, de tisser des liens plus étroits entre action climatique, commerce mondial, finance, industrie et innovation.

> _Créé en 2014, **l’Agenda de l’action** rassemble les initiatives de lutte contre le changement climatique émanant des États et des acteurs non étatiques de toute échelle et de tout type (entreprises, investisseurs, villes et autorités locales). Ces acteurs échangent, prennent des engagements et élaborent des solutions avec pour ambition commune d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris de 2015. L’organisation actuelle de l’Agenda de l’action est définie depuis 2016 par le Partenariat de Marrakech pour l’action climatique globale._  

Inverser la logique des COP
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L’organisation des COP nécessite un changement fondamental. Actuellement, les négociations dominent, tandis que les discussions sur la mise en œuvre sont reléguées au second plan, au sein de l’Organe subsidiaire de mise en œuvre (_Subsidiary Body for Implementation_, SBI), chargé de s’assurer de l’application et du suivi effectifs des décisions prises lors des COP. Cette logique doit être inversée. Si la priorité accordée aux négociations était pertinente jusqu’à l’achèvement des négociations du _Paris Rulebook_, l’accent doit désormais être mis sur la réalisation des objectifs.

Transformer les COP en moteurs d’actions concrètes exige un changement d’acteurs, plus qu’un simple changement de priorités. Aujourd’hui, ce sont les négociateurs qui dirigent les travaux du SBI, ce qui donne lieu à des discussions politisées, déconnectées des réalités de terrain et dépourvues de l’expertise technique indispensable pour surmonter les obstacles. À l’avenir, les COP devraient inclure des décideurs politiques issus des ministères concernés (énergie, transports, construction, industrie, agriculture) et, surtout, des ministères en charge des finances et des banques centrales.  

La règle du consensus, par laquelle les décisions des COP doivent être prises sans qu’aucune objection formelle ne soit émise par une des parties, réduit en outre considérablement leur efficacité. Si elle faisait sens lors de la définition d’objectifs mondiaux communs, elle constitue aujourd’hui un obstacle majeur à leur application. Ceux qui s’opposent à une action climatique plus rapide l'utilisent comme un moyen de ralentir le processus, voire de le bloquer. Ironiquement, la modification des règles qui régissent les COP nécessite elle-même une décision… consensuelle.

Plutôt que de se concentrer sur la simplification ou sur l’allègement des procédures, peu susceptibles d’aboutir, les présidences successives des COP devraient utiliser leur pouvoir discrétionnaire pour favoriser l’action climatique. Elles pourraient créer un forum de mise en œuvre réunissant les décideurs politiques sectoriels, les ministères des Finances, les banques centrales, les entreprises, les investisseurs, les villes et les autorités locales, avec pour objectif de lever les obstacles qui entravent la mise en place de mesures concrètes.  

Renforcer la transparence et la redevabilité de l’Agenda de l’action  

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La création de l’Agenda de l’action par l’accord de Paris a introduit une innovation importante dans la gouvernance climatique mondiale. Elle est le fruit de l’analyse des raisons de l’échec de la COP15 de Copenhague, en 2009, lors de laquelle les gouvernements se sont montrés trop prudents dans la fixation des objectifs climatiques, sous-estimant le potentiel innovant des technologies bas et zéro carbone et surestimant les coûts d’investissement dans la décarbonation. À la COP de Paris, l’engagement des acteurs non étatiques, qui mènent souvent des actions plus ambitieuses que les gouvernements, a contribué à modifier ces calculs et ces anticipations et à obtenir des résultats plus importants.

Les COP26 et 28 ont encore renforcé leur rôle en créant la _Glasgow Financial Alliance for Net-Zero_ (GFANZ), une coalition d’institutions financières (propriétaires et gestionnaires d’actifs, banques, assureurs, fonds de pension) engagées dans la neutralité carbone et en encourageant et légitimant les initiatives issues de la campagne « _Race to Zero_ » lancée par les Nations unies.

Toutefois, l’absence de suivi transparent a engendré des accusations de _greenwashing_, pour partie justifiées. Dix ans après la COP de Paris, il demeure quasi impossible d’évaluer les 500 initiatives lancées depuis. L’évaluation par les pairs, au lieu d’un contrôle indépendant, crée des conflits d’intérêts qui nuisent à la crédibilité de l’Agenda de l’action. Un audit devrait être mené afin d’identifier les initiatives dotées de transparence et de redevabilité, de les aligner sur le bilan mondial et sur les CDN et d’abandonner celles qui ne remplissent pas ces exigences.

> _**La campagne mondiale « Race to Zero »** a été lancée par les Nations unies en 2020 à l’adresse des acteurs non étatiques – entreprises, villes, régions, institutions financières et éducatives, etc. – afin de les inciter à prendre des mesures drastiques et immédiates qui contribueraient à réduire de moitié les émissions mondiales d’ici à 2030._  

Les futures COP pourraient compléter l’accord de Paris en négociant des protocoles sur des sujets ciblés. Le sujet du méthane en offre le meilleur exemple. La réduction de ce gaz au potentiel de réchauffement élevé – quatre-vingts fois supérieur au CO2 sur vingt ans, vingt-cinq fois sur cent ans – est prioritaire. Elle est plus simple dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des déchets que dans l’agriculture et l’élevage où les émissions sont plus diffuses, donc très complexes à évaluer et à maîtriser. Un protocole dédié s’appuyant sur le _Global Methane Pledge_ (Engagement mondial sur le méthane) serait particulièrement utile pour transformer les engagements volontaires en régulations.  

À l’image du protocole de Montréal sur la réduction des émissions de chloro et hydrofluorocarbone (CFC et HFC) destructrices de la couche d’ozone, cela permettrait de réduire les émissions de méthane et d’éviter jusqu’à 0,5 °C de réchauffement. Un tel protocole apporterait transparence, suivi et vérification, des éléments actuellement absents du _Global Methane Pledge_. Il impacterait positivement les projections de température et ferait gagner un temps précieux à la transition énergétique. Cette approche pourrait s’étendre à d’autres super-polluants et intégrer progressivement les émissions de méthane de l’agriculture et de l’élevage.

Tisser des liens entre climat, commerce et investissement
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Bien que nécessaires, la réforme des COP et la transparence de l’Agenda de l’action ne sont que des ajustements relativement mineurs face aux défis que le contexte géopolitique et géoéconomique pose à la gouvernance mondiale du climat. Depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier 2025, ce contexte est marqué par le second retrait étatsunien de l’accord de Paris, par le soutien massif de son administration aux énergies fossiles et par la remise en cause systématique des politiques de l’ère Biden. S’y ajoutent la fragmentation des marchés mondiaux, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le découplage États- Unis/Chine et le _friendshoring_ (pratique consistant, pour une entreprise, à fabriquer ou à s’approvisionner dans des pays alliés géopolitiques).

La primauté actuelle du géopolitique sur l’économique est défavorable à l’action climatique. Comme le souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le défaut de coopération internationale induit une perte d’économies d’échelle, des problèmes de compétitivité et une moindre efficacité de la recherche, faisant courir le risque d’atteindre la neutralité carbone plus près de 2090 que de 2050.

Le réalisme impose dès lors d’identifier des stratégies alternatives. Deux voies complémentaires se présentent : la création de clubs de tarification du carbone et des partenariats commerciaux et d’investissement.  

Créer des clubs de tarification carbone
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La tarification du carbone est un outil essentiel pour parvenir à une décarbonation profonde, aux côtés des normes et des investissements publics qui déploient les technologies propres. Un prix du carbone robuste envoie un signal clair, car il encourage l’innovation et revient à appliquer le principe pollueur-payeur. Cependant, de trop grandes différences de prix d’un pays à l’autre créent des distorsions. Les entreprises les plus contraintes peuvent perdre en compétitivité et les industries polluantes, se délocaliser, provoquant des fuites de carbone, c’est-à-dire des émissions échappant aux réglementations. Pour éviter cela, l’Union européenne a prévu, à partir de 2026, des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières (_Carbon Border Adjustment Mechanism_, CBAM) consistant à appliquer un coût carbone aux importations. Pour être véritablement efficaces, ces mécanismes devraient s’inscrire dans une coopération multilatérale plus large.

Alors, la création de clubs carbone pourrait se révéler utile, non pas comme des mesures protectionnistes, mais comme des cadres de coopération. Contrairement aux CBAM unilatéraux, ils consisteraient en des engagements et en des règles communes et reposeraient sur une reconnaissance mutuelle des normes et des standards, ce qui réduirait les tensions commerciales. Ils pourraient s’adapter aux différents niveaux de développement, grâce à une tarification à plusieurs niveaux, et utiliser les revenus pour la décarbonation nationale. Une partie de ces revenus pourrait financer l’action climatique dans les pays en développement, ce qui rendrait le système équitable et solidaire. Associés aux CBAM, les clubs carbone permettraient, sous certaines conditions, de concilier ambition climatique et équité économique, évitant ainsi une course au moins-disant environnemental.  

Construire des partenariats commerciaux et d’investissement
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Une stratégie complémentaire est la construction de partenariats commerciaux et d’investissement pour la transition énergétique et la décarbonation. Dépassant les accords de libre-échange classiques, ces partenariats doivent être des cadres dédiés, qui accordent une place centrale à la décarbonation via une transition juste et rapide. Ils doivent appliquer un accès fiable et diversifié aux matériaux critiques (lithium, nickel, cobalt, etc.) et être transparents, respectueux de l’environnement et mutuellement bénéfiques.

Outre l’accès aux matériaux, ils doivent aussi catalyser l’industrialisation verte locale, en soutenant coentreprises, contenu local et transferts de technologie (panneaux solaires, batteries, électrolyseurs, véhicules électriques). L’enjeu est la résilience mutuelle, le codéveloppement et le partage de valeur, à rebours de la compétition pour les minerais critiques qui donne plus de pouvoir et de marge de manœuvre aux pays producteurs dans leurs négociations avec les pays consommateurs.

Le succès d’une telle initiative exige d’aligner commerce, investissement et financement. Cela inclut le financement du développement, l’instauration de garanties pour réduire les risques dans les économies émergentes, la mise en place d’instruments de financement mixtes et des engagements d’achats écologiques. L’interopérabilité des taxonomies vertes peut contribuer à débloquer les flux de capitaux transfrontaliers. La coopération sur les marchés carbone est plus complexe et doit être prudente, car elle pose la question de la permanence de la réduction des émissions. En bref, ce modèle de nouvelle génération doit reposer sur le co-investissement, la cohérence politique et une transformation structurelle profonde, au-delà de la simple réduction des tarifs douaniers.

Comprendre les chaines d'approvisionnement et de valeur
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Au-delà des contraintes géoéconomiques, la décarbonation mondiale se heurte aux objectifs nationaux en matière d’emplois verts, de politique industrielle, de capture des chaînes de valeur. La priorité donnée à la sécurité économique par les États qui privilégient l’accès aux ressources et le positionnement stratégique remet partiellement en cause la coopération nécessaire à l’action climatique.

Dès lors, pour paraphraser Clausewitz, l’action climatique devient la sécurisation des chaînes d’approvisionnement par d’autres moyens. Si l’on veut concilier les politiques industrielles nationales (résilience et souveraineté économique) avec la coopération internationale (réduction des émissions de GES et gestion des dépendances), il est indispensable de comprendre l’économie politique des chaînes d’approvisionnement et des secteurs stratégiques, faite de compromis, de conflits potentiels et de possibilités de collaboration. L’étude de ces questions n’est pas simplement un exercice académique, mais un impératif stratégique pour adapter la gouvernance mondiale du climat aux réalités de la géoéconomie.

**Références :**

*   Ellis J., Geiges A., Gonzales-Zuñiga S., Hare B. et al., « Warming Projections Global Update », _Climate Action Tracker_, 14 novembre 2024,
*   McKenna C., Ghosh A. et _al._, _Integrity Matters. Net Zero Commitments by Businesses, Financial Institutions, Cities and Regions_, High-Level Expert Group on the Net Zero Emissions Commitments of Non-State Entities, 2022,
*   United Nations Environment Programme (UNEP), _Emissions Gap Report 2024. No more Hot Air… Please ! With a Massive Gap between Rhetoric and Reality, Countries Draft New Climate Commitment_, Nairobi, UNEP, 2024.

**_Cet article a été initialement publié dans le nouveau numéro de Conférence (ex Comprendre son temps) – la revue de sciences humaines et sociales qui éclaire les ruptures du monde contemporain et accompagne la décision publique et privée – consacré à la thématique de l'environnement._**

### Thématique
`#Environnement` 

**Langue :** `#Français` 



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