# Alliés menacés, adversaires ménagés : les fondements de la doctrine Trump
**Date de l'événement :** 16/12/2025
* Publié le 16/12/2025

### Date
16/12/2025

## Chapô
**La dernière _National Security Strategy_ (NSS) américaine, rendue publique le 5 décembre 2025 par l’administration Trump, constitue un document clé pour comprendre sa vision stratégique. Loin de l’improvisation ou de la seule logique transactionnelle, la NSS révèle une orientation cohérente** **qui redéfinit les priorités des États-Unis en matière de politique étrangère. [Zaki Laïdi](https://laidi.org/), directeur de recherche à Sciences Po, spécialiste des relations internationales et co-auteur** _**The Hedgers. How the Global South navigates sino american competition?**_ **(à paraître en 2026), analyse en détail ce texte majeur.**

## Corps du texte
John Bolton, ancien conseiller pour la sécurité nationale, a coutume de dire qu’[il serait vain de chercher de la cohérence dans la politique de Trump](https://www.washingtonexaminer.com/opinion/beltway-confidential/3780298/trump-utterly-incoherent-ukraine-strategy-john-bolton/). Selon lui, ce dernier est avant tout mu par des humeurs changeantes, un caractère influençable, une insatiable vanité et des intérêts privés. On peut prendre pour preuve ce dialogue saisissant que l’ancien conseiller diplomatique d’Angela Merkel eut un jour avec Jared Kushner, le gendre de Trump. Venu lui vanter les mérites de l’alliance atlantique, celui-ci lui [rétorqua froidement](https://www.lemonde.fr/international/article/2025/10/12/christoph-heusgen-diplomate-l-allemagne-devrait-reconnaitre-un-etat-palestinien_6645897_3210.html) : « Nous ne sommes pas des diplomates, nous sommes des businessmen. Et, dans le business, un jour tu es un ami, le lendemain tu es un ennemi. C’est comme ça qu’on mène notre politique étrangère ».

Pourtant si cette vision immobilière des rapports mondiaux imprègne la pensée de Trump, elle ne la résume pas entièrement. A cet égard, la lecture de la [dernière National Security Strategy (NSS)](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf) publiée à Washington est très éclairante. La NSS constitue un document d’orientation présidentielle sur la politique étrangère américaine. Pendant la guerre froide, ces rapports furent classifiés. Depuis 1987, ils sont rendus publics. Leur qualité est très inégale et le propos pas toujours novateur. Généralement, chaque Président en publie un par mandat. Seule exception, Clinton qui en publia 7 en 8 ans : un record. Mais cela tient à l’époque : celle des ajustements de l’après-guerre froide (1994-2000) où la politique américaine cherchait sa voie. Trump en publia un en 2017, lors de son premier mandat. Mais sa tonalité différait de celle d’aujourd’hui. L’ancien premier vice-président de Trump, [Mike Pence](https://www.wsj.com/opinion/donald-trump-national-security-strategy-russia-china-iran-0b811811?mod=opinion_lead_pos1) a résumé la différence d’approche entre Trump 1 et Trump 2 : « Il y a huit ans et cela pendant son premier mandat désormais lointain, le président Trump avait défini une stratégie nationale de sécurité qui reconnaissait la réalité “du nouveau monde de la compétition entre grandes puissances”. La nouvelle stratégie de M. Trump marque sur tous les plans un retrait explicite par rapport à cette compétition. Il cherche à faire plaisir à la Chine et la Russie mais à déplaire aux alliés des États-Unis ». Le rapport est à la fois géopolitique et très idéologique, ce qui lui donne un intérêt considérable en plus de sa cohérence avec les actions conduites par Trump depuis janvier 2024.

En 2017, Trump arriva pour la première fois au pouvoir sans expérience de l’exécutif. Il disposait alors que de peu de relais au sein de l’establishment politico-militaire américain1. Il avait confié, faute de mieux, le poste de conseiller pour la sécurité nationale au [général McMaster](https://www.hoover.org/research/war-ourselves) qui était sur une ligne américaine traditionnelle d’hostilité à la Chine et à la Russie. Cependant, sur le fond, ses positions atlantistes étaient fort différentes de celles de Trump. En 2025, Trump revient au pouvoir mieux préparé à prendre le contrôle du système politico-administratif. Ce dernier se trouve désormais verrouillé tant au Pentagone, par Pete Hegseth, que par Marco Rubio au département d’État et à la Maison-Blanche en tant que Conseiller pour la sécurité nationale. L’empreinte de ce dernier, élu de Miami, une ville bastion de l'anticastrisme, semble forte. 

La NSS est un rapport dont la nouveauté stratégique repose à la fois sur la priorité conférée à l’hémisphère occidental [qui irait donc du Groenland à la Terre de Feu et sur la charge contre l’Europe](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=9&zoom=100,93,96).  « Nous voulons nous assurer que l’hémisphère occidental reste suffisamment stable et bien gouverné pour prévenir et décourager les migrations de masse vers les États-Unis ; nous voulons un hémisphère dont les gouvernements coopèrent avec nous contre les narco-terroristes, les cartels et autres organisations criminelles transnationales ; nous voulons un hémisphère qui reste à l’abri des incursions étrangères hostiles ou de la mainmise sur des actifs clés, et qui soutient les chaînes d’approvisionnement essentielles ; et nous voulons garantir notre accès continu à des emplacements stratégiques clés ». J. D. Vance semble avoir été aussi l’[un des inspirateurs du rapport](https://www.wsj.com/opinion/white-house-national-security-strategy-reflects-vances-thinking-f79ef962), car toute la charge contre le libéralisme européen semble provenir de [son célèbre discours de Munich](https://securityconference.org/assets/02_Dokumente/01_Publikationen/2025/Selected_Key_Speeches_Vol._II/MSC_Speeches_2025_Vol2_Ansicht_gek%C3%BCrzt.pdf) de février 2025.  

En entrant dans les détails du rapport, on y trouve quatre singularités qui sont autant d’inflexions importantes :

*   une vision très clairement nationaliste des États-Unis, un peu sur le modèle de la doctrine de Théodore Roosevelt — c'est-à-dire ni messianique, ni isolationniste ;
*   une priorité donnée à l’hémisphère occidental, sur la base d’un continuum très fort entre la politique intérieure et politique extérieure ;
*   un projet foncièrement antilibéral situé aux antipodes du modèle européen, qui fait à ce titre figure de cible prioritaire ;
*   un accommodement marqué avec la Russie qui n’est plus vue comme un adversaire stratégique, comme en témoigne le glissement de la politique américaine vis-à-vis de l’Ukraine ;
*   une perception de la Chine comme un compétiteur stratégique dont il convient d’empêcher le contrôle hégémonique sur l’Asie sans pour autant donner à cette lutte d’influence un caractère brutal ou total. C’est au demeurant la partie la plus classique du rapport. Elle doit beaucoup à Elbridge Colby, le numéro 3 du Département de la Guerre, [qui a théorisé dans un livre la stratégie américaine](https://www.google.fr/books/edition/The_Strategy_of_Denial/qCQ7EAAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=elbridge+colby+denial4&printsec=frontcover).

Le primat du nationalisme
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Trump se définit dans ce rapport comme un nationaliste dont la préoccupation exclusive repose sur la défense des intérêts américains. Il veut faire [reculer l’érosion de la souveraineté américaine](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=12&zoom=100,93,141) : « Nous défendons les droits souverains des nations, nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté, et nous soutenons la réforme de ces institutions afin qu’elles favorisent plutôt qu’elles n’entravent la souveraineté individuelle et qu’elles servent les intérêts américains ». Plus intéressant encore est le [renoncement à toute idée de prosélytisme politique ou idéologique](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=5&zoom=100,93,141) dans le reste du monde héritée de l’après-Guerre froide : « Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le reste du monde était dans le meilleur intérêt de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts. ».

Le rapport affiche ainsi une prédisposition à la non-intervention considérée comme un [principe clé de la politique étrangère américaine](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=12&zoom=100,93,141) : « cette prédisposition devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée ». 

Cela fait-il pour autant de Trump un isolationniste ? Rien n’est moins sûr. [La doctrine Monroe](https://www.archives.gov/milestone-documents/monroe-doctrine), à laquelle il se réfère et à laquelle il rajoute le corolaire Trump, par référence au [corolaire Roosevelt de 1904](https://history.state.gov/milestones/1899-1913/roosevelt-and-monroe-doctrine#:~:text=The%20Roosevelt%20Corollary%20of%20December,to%20the%20detriment%20of%20the), n’a jamais été en réalité une doctrine isolationniste. Elle a été énoncée à un moment où le territoire actuel américain était majoritairement contrôlé par les puissances européennes. Elle visait donc à chasser les Européens de l’Amérique du Nord. Réaffirmée par Polk en 1845 elle a plutôt servi à justifier la conquête de nouveaux territoires – qu’il s’agisse du Texas, de l’Oregon et de la Californie – en empêchant que les Européens résistent à cette expansion. L’Amérique aux Américains signifiait en fait l’Amérique sans les Européens. 

Le corollaire Roosevelt de 1904 servit d’ailleurs à justifier les interventions américaines en Amérique centrale et latine sous forme d’exception à la règle de non-intervention pour empêcher toute intervention européenne. Le corolaire Trump reprend cette idée : ne pas intervenir à priori sauf quand les intérêts directs des États-Unis sont en jeu. Le Venezuela semble à ce titre être un bon candidat pour la mise en œuvre du corolaire, en attendant peut-être la Colombie, dont le chef de l’État vient d’être menacé par Trump d’être le prochain sur la liste. Trump ne se fait le défenseur d'aucun messianisme, simplement d'intérêts matériels bien compris : « [Le profit et non la démocratie](https://www.nytimes.com/2025/12/05/us/politics/trump-national-security-strategy.html) ». 

En vérité, la grande constante de la politique extérieure américaine n’a jamais été l’isolationnisme, mais plutôt [l’unilatéralisme compris comme volonté de ne se sentir lié par aucun engagement contraignant dès lors que les intérêts des États-Unis ne seraient pas en jeu](https://www.google.fr/books/edition/Le_monde_selon_Obama/aJoyNO8Z6MoC?hl=fr&gbpv=0)2. Mais cela a souvent été mal compris , ce qui explique pourquoi la plupart des interventions américaines [résultent d’une sous-estimation](https://www.defensenews.com/opinion/2025/12/08/dont-let-trump-let-putin-miscalculate-on-europe/?mc_cid=d97d12f602&mc_eid=343cc13ae5) du raisonnement américain  : « Le Kaiser, en 1917, a mal évalué la nature de la neutralité américaine et sa capacité à se mobiliser rapidement en réaction à la guerre sous-marine à outrance \[…\] Le Japon a mal évalué la situation en 1941 lorsqu’il a attaqué Pearl Harbor dans le but de détruire la flotte américaine du Pacifique. Kim Il-sung et Staline ont mal évalué les intentions des États-Unis en 1950 lorsque, dans un discours, Dean Acheson a laissé la Corée du Sud en dehors du périmètre de défense américain. Et Saddam Hussein a mal évalué la position américaine en 1990 lorsque le département d’État a envoyé l’ambassadrice April Glaspie déclarer que les États-Unis ne souhaitaient pas s’ingérer dans les affaires intra-arabes. ».

La réaffirmation du contrôle politique de l’Hémisphère occidental
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Pour des raisons de politique intérieure, Trump souhaite mettre l’accent sur le contrôle de l’hémisphère occidental afin de lutter contre l’immigration clandestine et la drogue. Il entend sceller la frontière sud des États-Unis. Et il sait qu’ainsi il donnera satisfaction à sa base MAGA. Mais il veut aussi refaire basculer les chaînes de valeur américaines pour les matières premières critiques vers le continent américain et réduire ainsi la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la Chine. [Celle-ci a acquis une trop grande influence économique dans leur arrière-cour](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=19&zoom=100,93,696) : elle est le premier partenaire commercial de presque toute l’Amérique latine. Cette dernière est en effet très riche en terres rares et matières premières. La transition énergétique dépend de quatre matières premières essentielles : le cuivre, le lithium, le nickel et le cobalt. Or il se trouve que le Chili et le Pérou assurent à eux seuls un tiers de la production mondiale de cuivre. Le Chili, l’Argentine et la Bolivie abritent au moins 60 % des réserves mondiales de lithium. Or, 97 % des importations américaines de lithium proviennent du Chili et de l’Argentine. Seul le cobalt fait défaut à l’Amérique Latine. Cela donne un sens à l’implication politique majeure de la nouvelle administration au [Congo](https://www.reuters.com/world/africa/congos-gecamines-partners-with-mercuria-market-critical-minerals-2025-12-05/), qui assure à lui seul 70 % de la production mondiale. Cette réalité se double du fait que la Chine  achète ces matières premières et les transforme ensuite sur son territoire, avant de les revendre en partie aux pays occidentaux. La Chine est ainsi le premier fournisseur des États-Unis pour 24 des 49 minéraux dont la dépendance américaine est supérieure à 50 %. 

Il leur faut donc se porter acquéreur privilégié de ces matières critiques en Amérique latine et contenir ainsi le contrôle chinois. Simultanément, [Washington souhaite prendre de vitesse des puissances concurrentes](https://www.nrc.nl/nieuws/2025/12/05/we-willen-onze-risicos-beperken-als-het-tot-een-groot-conflict-komt-tussen-china-en-de-vs-a4914509) , dont l’Europe, fortement dépendantes du marché chinois et désireuses d’investir en Amérique latine pour échapper à la dépendance chinoise : « Le mois dernier, je devais me rendre au Brésil pour discuter d’une mine de terres rares. Trois jours avant mon départ, on nous a informés que les Américains étaient déjà passés, avaient mis de l’argent sur la table et acheté toute la production jusqu’en 2030 ».

Le NSS ne mentionne ni le Canada ni le Groenland dont Trump affirme toujours vouloir se saisir. Ces omissions sont probablement volontaires au regard des fortes oppositions que ces projets ont soulevé. [Mais rien n’indique que cet annexionnisme ait été répudié](https://www.war.gov/News/Speeches/Speech/Article/4354431/remarks-by-secretary-of-war-pete-hegseth-at-the-reagan-national-defense-forum-a/). D’autant que cette hégémonie territoriale que Trump remet au goût du jour n’a rien de nouveau dans l’histoire américaine. [Déjà au milieu du XIXe siècle, le contrôle du Groenland était déjà officiellement évoqué](https://archive.org/details/areportonresour00statgoog). En écho à ce projet, [le dernier rapport des services de renseignement danois](https://www.nytimes.com/2025/12/10/world/europe/danish-intelligence-concerns-about-us.html), classe pour la première fois les États-Unis dans la liste des risques stratégiques du pays : « Les États-Unis utilisent leur puissance économique, y compris la menace de droits de douane élevés, pour imposer leur volonté, et n’excluent plus le recours à la force militaire, y compris contre des alliés ». Une illustration parmi d’autres de la nature particulière des temps que nous vivons. Car l’Europe est bien la cible privilégiée de Trump.

Une attaque en règle contre l’Europe
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Ce ciblage se fait sur trois fronts. Celui du libéralisme politique, celui de son identité dérivée de son libéralisme, celui enfin de sa dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis. Tout le sens du rapport est donc d’utiliser ce dernier levier pour inciter ou forcer l’Europe à « changer de cap », à se convertir à une vision MAGA du monde. Au fond l’Europe se voit implicitement proposée de substituer à une alliance stratégique une alliance civilisationnelle aux relents nativistes : [Make Europe White again](https://www.project-syndicate.org/commentary/trump-national-security-strategy-must-serve-as-wake-up-call-for-europe-by-zaki-laidi-2025-12) ! Alors que le rapport se veut intransigeant sur le principe de souveraineté nationale, il annonce au rebours de cette affirmation son intention de s’opposer « aux élites, qui restreignent les démocratiques sur les libertés fondamentales en Europe, dans la sphère anglo-saxonne et dans le reste du monde ». L’administration Trump [répugne au _regime change_, notamment au Proche Orient](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=31&zoom=100,93,646). Mais elle ne serait pas mécontente d’y contribuer en Europe qui est avec les États-Unis la seule région du monde où la bataille contre le libéralisme peut être menée avec succès.

Le NSS resume ainsi [l’idée qu’il se fait de l’Europe](https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025-National-Security-Strategy.pdf#page=29&zoom=100,93,96) : « son déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel. Parmi les problèmes plus importants auxquels l’Europe est confrontée, citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi. ». De façon délibérée Trump couple et confond sa critique du libéralisme européen avec la réglementation européenne qui encadre aussi bien les pratiques commerciales déloyales de la _high tech_ américaine que l’impératif européen de modération des contenus appelant à la haine raciale ou aux discriminations. Or, de toute évidence, ces deux aspects ne se confondent pas.  

Les sanctions de l’UE contre les géants technologiques américains comme Google, Apple, Facebook et Amazon ne relèvent nullement de la censure politique. La récente amende de 140 millions de dollars infligée à X (anciennement Twitter), et qui a exaspéré les responsables de Trump, portait sur la transparence et la violation des règles de protection du consommateur : politique trompeuse de vérification des utilisateurs de la plateforme, manquement à la fourniture des données relatives à la publicité, ainsi que ses efforts pour bloquer l’accès des chercheurs. En présentant ces amendes comme la preuve d’une censure, la NSS reprend les affirmations faites par Elon Musk, propriétaire de X, et [pour qui l’Union européenne doit disparaître](https://x.com/elonmusk/status/1997279325876367719?s=20).

[Le message envoyé à l’Europe est donc clair](https://editionsdelaube.fr/catalogue_de_livres/latlantisme-est-mort-vive-leurope/). Vous ne pouvez pas combattre les intérêts américains au nom de vos valeurs tout en réclamant notre protection militaire. Il vous faut choisir. Dans une charge d’une rare violence, [le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau a confirmé ce point](https://www.reuters.com/business/media-telecom/senior-us-diplomat-calls-eu-policies-bad-trans-atlantic-partnership-2025-12-06/) dans un récent article sur X pour qui « Quand ces pays portent leur casquette de l’OTAN », écrivait-il, ils louent l’unité transatlantique. Mais lorsqu’ils « portent leur casquette européenne », ils poursuivent des agendas « totalement défavorables aux États-Unis intérêts et sécurité », y compris par la « censure, le suicide économique, le fanatisme climatique, l’ouverture des frontières, le mépris de la souveraineté nationale, la promotion de la gouvernance multilatérale et de la fiscalité, et le soutien à Cuba communiste ». Le NSS évite ces outrances, mais en reflète largement l’esprit.

Le NSS appelle l’UE à réformer ses politiques d’immigration et d’asile, qu’il présente comme une menace pour la civilisation occidentale. Les partis d’extrême droite européens, largement définis par leur opposition à l’immigration, se trouvent ainsi encouragés : C’est le cas d’[Éric Zemmour proclamant que « Trump est le seul à défendre l’Europe civilisation »](https://actu.orange.fr/videos/france/pour-eric-zemmour-president-du-parti-reconquete-donald-trump-est-le-seul-qui-defend-la-civilisation-europeenne-CNT000002m4El7.html) mais également [du nouveau premier ministre tchèque](https://x.com/ErikMagnethi/status/1998516102884909253).

Un passage particulièrement éclairant voire intrigant du NSS indique qu' « à long terme, il est plus que plausible que, d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN ». En clair, une Europe moins blanche rechercherait moins une alliance avec les Etats Unis…  Sur ce point, l’on voit bien la marque d’un trait américain très ancien : le nativisme. Le nativisme pourrait être d’ailleurs être dans l’électorat MAGA une force peut être encore plus forte que le populisme, car il en serait [un masque plus présentable.](https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/dec/07/cambridge-dictionary-nativism-populism-word-year)

Le propre de la politique et de l’idéologie en particulier est d’associer des réalités différentes pour leur donner une nouvelle cohérence. Trump entend concilier dans un même mouvement son hostilité profonde aux alliances, en particulier à l’OTAN, et son nativisme qui en appelle à l’Amérique Blanche. Aussi utilisera-t-il tout l’arsenal rhétorique et idéologique en sa possession pour justifier un éventuel désengagement en Europe, tout en soutenant les forces politiques européennes en phase avec ses positions. Dans cette perspective, la réhabilitation de Russie en tant que grande puissance illibérale sert grandement ses intérêts.

La réhabilitation de la Russie
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La NSS admet sur ce point que les États-Unis sont « en opposition avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes pour la guerre ». Il estime que l’équilibre des forces joue en faveur de la Russie car [les grands ne peuvent que dévorer les faibles](https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/11/trump-croit-comme-poutine-que-la-vocation-des-forts-est-de-devorer-les-faibles_6493037_3210.html) : « l’influence disproportionnée des nations plus grandes, plus riches et plus puissantes est une vérité intemporelle des relations internationales ».  Autrement dit, il serait vain pour l’Ukraine de vouloir défaire la Russie. L'administration vise donc à « rétablir les conditions de stabilité stratégique à travers la masse continentale eurasienne » et « atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens. » Les Etats Unis deviendraient ainsi non plus un allié mais un intermédiaire entre la Russie et L’Europe. Il s'agit là d'une rupture fondamentale par rapport à 1945.

Pour autant, une telle vision elle n’est pas aberrante dans l’histoire américaine. Historiquement, les Etats-Unis se sont tenus à distance des principales régions tant que celles-ci reposaient sur un équilibre des forces. C’est ce que l’on appelle le _[off shore balancing](https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1162/01636600252820252),_ préconisé depuis longtemps par l’école réaliste américaine : « cette approche \[…\] viserait à recentrer la politique étrangère des États-Unis sur le maintien de l’équilibre des puissances dans trois régions clés : l’Europe, l’Asie de l’Est et le golfe Persique \[…\] L’_offshore balancing_ \[…\] reposerait principalement sur les acteurs régionaux pour préserver l’équilibre des forces local et n’engagerait ses propres forces que lorsque l’un ou plusieurs de ces équilibres risqueraient de se rompre. »3.

Tant que l’équilibre des forces au sein de ces grandes masses n’est pas rompu, [l’Amérique n’intervient pas](https://www.mearsheimer.com/wp-content/uploads/2019/04/Offshore-Balancing.pdf). S’il est rompu, alors elle intervient. C'est ce qu’elle fit en Europe quand l’Allemagne menaça l’équilibre des puissances en Europe en 1917 et 1942, puis en Asie après 19424. Aujourd’hui, Trump réintègre la Russie au _off balancing_ américain, dans un grand ensemble euro-russe. Ce n’est donc pas un hasard si le rapport parle de la « grande masse eurasienne » qui va de Brest à Vladivostok. Les États-Unis entendent créer un équilibre entre l’Europe et la Russie5 dont ils seraient le garant. Mais où se situerait le point de rupture entre l’Europe et la Russie ? En Ukraine ? Visiblement non. Faudra-t-il attendre une offensive russe dans les pays baltes  pour que les États-Unis l’interprètent comme une rupture du point d'équilibre ? Il n'est pas impossible que les Etats Unis en viennent non pas à se dégager totalement mais à pratiquer en Europe une forme d'ambiguïté stratégique, comme celle qu'ils appliquent à Taiwan. Ni garantie formelle d'engagement, ni garantie de non engagement. Celà leur permettra de garder les mains libres tout en ayant des leviers d'influence aussi bien sur les Européens que sur les Russes. Toujours est-il que c'est en ces termes que se pose désormais l’équation stratégique américaine. 

L'Europe doit donc faire face à une rupture stratégique de premier ordre qui doit la conduire à penser la politique américaine sous un jour nouveau. Non sous l’angle d'une puissance alliée qui l'aurait trahie et qu'il faudrait amadouer ou faire revenir à la raison, mais bien comme une puissance ayant fait un choix stratégique conforme à une partie de son histoire. Au sein de cette histoire, l’alliance atlantique aura été une parenthèse, certes longue parenthèse, mais néanmoins une parenthèse.

Notes :

1\. Sur l’écart entre les propos de Trump pendant sa campagne de 2016 où il disait à peu près la même chose qu’aujourd’hui et ce qu’il fit par la suite. Voir Steve Walt, _[The Hell of Good intentions](https://www.google.fr/books/edition/The_Hell_of_Good_Intentions/PDtTDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=0)_, New York, Farrar, Straus & Giroux, p. 220-222.

2\. Zaki Laïdi, _[Le Monde selon Obama : la politique étrangère des Etats-Unis](https://www.google.fr/books/edition/Le_monde_selon_Obama/aJoyNO8Z6MoC?hl=fr&gbpv=0)_, Paris, Stock, 2010, p. 105-106.

3\. Steve Walt, _[The Hell of Good intentions](https://www.google.fr/books/edition/The_Hell_of_Good_Intentions/PDtTDwAAQBAJ?hl=fr&gbpv=0)_, _op.cit.,_ p. 18.

4\. En soi cette démarche n’est pas spécifiquement américaine. La Grande Bretagne pourtant européenne pensait le continent dans les mêmes termes.

5\. Sur le _off balancin_g et les États Unis, voir John Mearsheimer, [The Tragedy of Great Power Politics,](https://www.google.fr/books/edition/The_Tragedy_of_Great_Power_Politics/lDzCD_C_ipoC?hl=fr&gbpv=0) New York, Norton, 2007, chapitre 7.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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