# Le retour du  « bien commun » 
**Date de l'événement :** 17/12/2025
* Publié le 17/12/2025

### Date
17/12/2025

## Chapô
**Concept longtemps relégué aux marges du lexique politique moderne, le « bien commun » connaît aujourd’hui un retour spectaculaire dans les discours politiques, juridiques et intellectuels. Lino Castex, jeune chercheur à Sciences Po (CEVIPOF), revient sur l'histoire de la notion et analyse ses réappropriations contemporaines. Selon lui, cette résurgence révèle les tensions et les insuffisances du cadre libéral face aux crises contemporaines.**

## Corps du texte
Employer l’idée de « bien commun » aujourd’hui, c’est un peu comme faire tinter son verre lors d’un repas de fête : cela permet d’attirer l’attention. Présent dans les programmes électoraux, les discours juridiques ou les productions intellectuelles récentes, il semble avoir retrouvé une pleine légitimité dans le lexique contemporain. En 2022, neuf candidats sur dix l’emploient dans leur programme pour la présidentielle française. Le « bien commun » semble réinstallé dans l’évidence de notre répertoire conceptuel. Pourtant, cette présence, qui passe aujourd’hui pour normale, tant la « bataille du bien commun » retrouve de la vigueur, ne va absolument pas de soi. 

Une brève histoire du bien commun
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Si les sociétés traditionnelles étaient pleinement investies par cette notion solidement forgée dans la rencontre médiévale d’Aristote et de Thomas d’Aquin, dès le XVIIe siècle, le réservoir conceptuel des modernes tend à la recouvrir. Aux yeux de ces théoriciens de la modernité politique, [le « bonum commune » faisait signe vers le monde d’hier](https://shs.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2017-4-page-517?lang=fr). Quand les sociétés étaient holistes, animées par une solidarité forte de type « mécanique », que les sujets étaient pleinement préoccupés par la perspective de leur salut et que le bon gouvernement était pensé sur le mode d’une conformité au Bien politique et au programme de la vertu, tout désignait alors l’efficacité normative du service du « bien commun ». Recevant le programme d’une bonne vie commune où se mêlait la transcendance d’une moralité chrétienne à la certitude d’un horizon collectif dont le politique avait la charge, ce « bien commun » exprimait un idéal de communion sociale dont le récit libéral de la modernité va émanciper les individus. 

Suivant les révolutions des premiers contractualistes qui refondent l’ordre politique autour de la valeur de l’individu et de la poursuite de ses intérêts, l’architecture normative se transforme : le politique n’est plus chargé d’orienter la communauté vers un Bien substantiel, mais de garantir à chacun la liberté de poursuivre ses propres fins. On cherche le juste plutôt que le bien parce qu’il faut séparer une « conception politique de la justice » d’une [« doctrine compréhensive du bien, d’ordre religieux, philosophique ou moral »](https://philpapers.org/rec/RAWPL). Le vocabulaire du contrat, des droits, de la représentation et de l’intérêt général remplace progressivement celui des vertus civiques, de la finalité commune et de l’harmonie du corps politique. L’univers de sens des modernes s’immanentise en même temps que la recherche du salut est  recalibrée sur la conscience d’individus porteurs d’intérêts et de biens individuels dont la valeur tient en dehors du seul étalon de la communauté. S’installe alors ce que l’on pourrait appeler une « grammaire de la neutralité », dans laquelle l’État vise moins à réaliser un bien partagé qu’à arbitrer les interactions entre des individus conçus comme porteurs d’intérêts privés légitimes. Le libéralisme naissant, en cherchant à défaire la tutelle de la morale chrétienne et à neutraliser les prétentions métaphysiques du politique, relègue naturellement le « bonum commune » au registre des survivances médiévales. [L’intérêt remplace le bien en même temps que la généralité moderne remplace l’horizon du commun](https://laviedesidees.fr/L-interet-general-partout-et-nulle-part). Le Conseil d’État fait le récit de ce renversement [dans un rapport de 1999 « Sur l’intérêt général »](https://www.conseil-etat.fr/publications-colloques/rapports-d-activite/rapport-public-1999) : « Le problème central de la pensée politique moderne devient alors de savoir comment des individus, que leurs intérêts divisent, peuvent consentir à s’associer. (…) La désuétude de la notion de bien commun est précipitée (…) Avec cet évènement historique majeur qu’est la Révolution française, et l’émergence simultanée de l’idée de peuple, la morale s’efface devant le droit, conçu comme l’instrument par excellence de l’ingéniosité humaine, qui s’attache à résoudre le problème posé par l’antagonisme des intérêts ». Comme le thématisait Charles Taylor, la rationalité moderne doit supporter [« l’idée que la société est constituée, en un sens, par les individus, en vue d’accomplir des fins qui sont d’abord individuelles »](https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36163494m).

Éclipse donc du concept de bien commun, qui dès le XVIIe siècle est cantonné aux marges du discours juridico-politique moderne, dans la sphère d’une théorie morale bien trop marquée par son identité catholique et remplacé, en tout cas dans le discours français par l’idée moderne d’ « intérêt général » ([Gaboriaux 2025](https://shs.cairn.info/l-interet-general-en-partage--9782724641851?lang=fr) ; [Castex 2025](https://hal.science/hal-05290734v1)). Le rapport du Conseil d’État le signale, « l'idée d'intérêt général a progressivement supplanté la notion de bien commun, aux fortes connotations morales et religieuses, qui constituait jusque-là la fin ultime de la vie sociale » et « l'évidence d'un bien commun, qui oriente les actions humaines, paraît reléguée au rang de vestige d'un autre âge ». L’intérêt général, plus procédural, moins substantiel, promet d’unifier sans imposer ; d’arbitrer sans prescrire ; de représenter la collectivité sans préjuger du contenu de son bien. 

Un retour en force
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Or, voilà qu’après une longue période d’occultation, cette vieille idée de bien commun refait surface dans le discours contemporain comme une effraction dans ce récit libéral de la modernité. Au rapport de 1999, nous comparons le contenu d’un colloque du Conseil d’État sur l’intérêt général qui s’est tenu le 28 novembre 2023 qui débute ainsi, « La référence à l’intérêt général semble en effet de moins en moins présente dans le débat public ou le discours politique, au profit de notions proches mais distinctes telle que le « bien commun » ». Ajoutons la constance sémantique permanente du Conseil d’État qui ne mentionne aucune fois l’idée de bien commun entre 1821 et 2008 soit dans la totalité de ses actes juridiques alors qu’il en fait un élément de son vocabulaire juridique dans six de ses actes entre 2008 et 2023 et le concept central des vœux des corps constitués de 2013, 2016 et 2018 et de 36 de ses discours depuis 2012. Le nouveau vice-président, Didier-Roland Tabuteau, engage même, lors des vœux de rentrée du Conseil d’État de 2022 à revisiter la notion de bien commun (7 septembre 2022).

De la même manière, si l’expression de « bien commun » existait déjà dans le droit français à propos de l’administration des biens des époux, la notion apparaît pour la première fois comme principe de référence de l’action publique lors de la réforme du Code de l’organisation judiciaire relative à la « modernisation de la justice du XXIe siècle » (2016). Cette modification porte sur la définition de l’action du procureur général. L’idée de bien commun se voit ajoutée comme précision de la finalité de l’action publique lors du procès. C’est un véritable hapax qui surgit dans la positivité des codes. La loi dispose que « le procureur général porte la parole aux audiences des chambres mixtes et de l'assemblée plénière ainsi que dans les assemblées générales de la cour. Il peut la porter aux audiences des chambres et devant les formations prévues à l'article L. 441-2. Il rend des avis dans l'intérêt de la loi et du bien commun. Il éclaire la cour sur la portée de la décision à intervenir ». La particularité de la formule réside dans cet ajout qui désigne l’objet de l’action du procureur : « il rend des avis dans l’intérêt de la loi et du bien commun ». Le procureur doit penser l’action publique en tenant la double perspective de l’intérêt de la loi et du bien commun. D’un côté, l’intérêt de la loi désigne la positivité du droit, la fidélité à l’édifice normatif, à son histoire, à son ensemble juridictionnel. Rendre un avis dans l’intérêt de la loi c’est se préoccuper de la conformité à la rationalité juridique en vigueur. D’un autre côté, le bien commun inscrit une finalité supplémentaire. Rendre un avis dans l’intérêt du bien commun c’est se permettre de chercher une norme supérieure qui justifie l’écart avec l’édifice juridique. Discrètement, au détour de la définition de la mission du procureur général, cette modification donne à la perspective du bien commun une qualité juridique forte pour l’action publique.

Ce retour en force du bien commun vaut de manière tout aussi manifeste dans les discours parlementaires ou dans les programmes aux présidentielles de la Ve République. Si la notion était très peu mentionnée au XXe siècle (nous comptons une seule occurrence entre 1965 et 2002 sur la base des archives électorales du CEVIPOF), parmi les dix premiers candidats à la présidentielle de 2022, neuf y font référence dans leurs programmes ou discours. Cela vaut aussi sur le plan éditorial et théorique : collection « le bien commun » créée par Antoine Garapon en 2006, émission de France culture depuis 2014, chaire Bien commun créée par l’institut Catholique de Paris en 2021, des ouvrages récents, [_Le bien commun, éloge de la solidarité_](https://journals.openedition.org/vertigo/5208) (1997), [_Où est passé le bien commun ?_](https://www.fayard.fr/livre/ou-est-passe-le-bien-commun-9782755505948/) (2011), [C_omment les citoyens peuvent décider du bien commun ?_](https://www.seuil.com/ouvrage/l-humanitude-au-pouvoir-jacques-testart/9782021219319) (2015), [_Économie du bien commun_](https://www.puf.com/economie-du-bien-commun) (2016), [_Le bien commun à la croisée des disciplines_](https://www.vrin.fr/livre/9791093043265/le-bien-commun-a-la-croisee-des-disciplines) (2018) ou encore [_La pandémie, l’Anthropocène et le bien commun_](https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-La_pand%C3%A9mie,_l_Anthropoc%C3%A8ne_et_le_bien_commun-627-1-1-0-1.html) (2020).

L’étude lexicale est un indice du renversement conceptuel et théorique à l’œuvre avec la notion de bien commun. Il faut tout du moins reconnaître que sa présence étonnante au regard de l’histoire de la circulation de l’idée remet en question un ensemble de caractères théoriques que l’on croyait inhérents à la pensée moderne du politique. En premier lieu, le cantonnement de la définition de la bonne vie à la sphère privée, la distinction nette entre le discours de la morale et celui de la politique et l’idée selon laquelle une collectivité moderne doit s’abstenir de formuler des fins substantielles pour ne se consacrer qu’à la garantie des droits et à l’arbitrage des intérêts. 

Autrement dit, la recherche contemporaine du bien commun, semble supposer ce que le fond libéral de la modernité s’interdit de penser ; ce qu’il peut y avoir de commun aux individus avant qu’ils se différencient et ce qui peut les réunir dans une même perspective plutôt que les gérer dans leur diversité constitutive. Notre hypothèse est justement que cette réapparition du bien commun doit être lue comme le symptôme d’un trouble hautement spécifique d’une modernité inquiète : malaise dans les grammaires politiques du libéralisme, malaise dans la capacité du droit à produire du sens partagé, malaise dans la manière même dont les sociétés libérales conçoivent leur unité. Car si le bien commun revient, c’est d’abord comme signe d’un déficit du langage pour dire l’exigence de cohésion, de solidarité, ou même de continuité collective dans un monde marqué par la fragmentation sociale, l’incertitude et la montée des crises systémiques (écologiques, démocratiques, technologiques). Comme le relevait déjà [Pierre Bouvier en 2005](https://www.gallimard.fr/catalogue/le-lien-social/9782070429073), « poser la question du lien social implique, et particulièrement aujourd’hui, la perception d’un manque, d’une absence dans les interactions individuelles et sociales » et ce qu’il dit vaut pour le bien commun « les appels récurrents à renouer le lien social sont un signe clair de son délitement ».

Trois pôles de réappropriation
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La nature très englobante de la notion en fait un objet particulièrement sensible à analyser. Il faut tenir son histoire et interroger ce retour en voyant comment la notion se reconfigure dans ses différents usages. Car le bien commun n’est plus le monolithe conceptuel qu’il était dans le monde de la tradition et que son retour est le résultat de différentes motivations politiques. On peut distinguer à l’intérieur de ce réinvestissement massif, trois pôles idéologiques qui se partagent aujourd’hui le travail de la notion. Tous ont en commun la perspective d’une définition d’une normalité éthique de fonctionnement qui viendrait corriger un état social critique, indiquant quelque chose dans l’ordre du discours contemporain d’un [tournant « post-libéral »](https://shs.cairn.info/revue-raisons-politiques-2020-4-page-29?lang=fr) dans lequel nous serions.

1.  Le pôle des écologistes-solidaristes
    

Ce premier usage du bien commun s’enracine dans les critiques adressées au libéralisme au nom de l’écologie et de la solidarité. Pour ces acteurs, le bien commun sert à nommer précisément ce que l’individualisme marchand rend invisible : l’interdépendance des vivants, la finitude des ressources, la responsabilité partagée à l’égard des conditions de vie présentes et futures. Les écologistes vont puiser dans le répertoire symbolique et la structure du concept ; la fraternité, l’universel de l’humanité et la recherche du don de soi répondent aux éthiques modernes de l’ [« informulation »](https://www.seuil.com/ouvrage/les-sources-du-moi-la-formation-de-l-identite-moderne-charles-taylor/9782020207126). Le concept est certes retravaillé dans un cadre pleinement sécularisé, mais il n’est pas rare qu’il entre en résonance avec [des imaginaires religieux ou spirituels qui irriguent encore certaines mobilisations contemporaines](https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2020/12/20/comment-le-christianisme-influence-l-ecologie-politique_6063999_6038514.html).  On pense notamment à l’accueil très favorable, chez les militants écologistes, du Fratelli Tutti du pape François dans lequel la nature devient le lieu d’une nouvelle forme de sacralité. Le bien commun compose alors une valeur non marchande et un foyer symbolique où puiser une motivation éthique capable de contrer la réduction du politique à l’agrégation d’intérêts privés. 

2.  Le pôle des nouveaux matérialistes
    

 Il y a là une intrication politique de l’inappropriable matériel et de la finalité de l’action publique. Le dépassement des intérêts privés, l’horizon du commun, la substantialité du concept se retrouvent dans cette réflexion sur les conditions minimales du bien-vivre et le devoir de préserver les espaces, les ressources et les services dont l’accès devrait être garanti à tous. En cela, ils intègrent la perspective écologiste des biens communs de la planète, des espaces maritimes, forestiers, etc. Ce n’est pas tout à fait le même monde théorique ; on y observe néanmoins un esprit de convergence pratique qui semble animer ici une relation de consécution qui mène « des biens » nécessaires à toute bonne vie commune à la perspective « du bien » politique.  Il faut comprendre que le dépassement des intérêts privés n’est jamais loin d’une critique de la propriété et le recentrement idéologique sur le bien commun et les biens communs porte justement cette dialectique du partage en décrétant que ce qui est commun doit échapper à la propriété ou du moins à l’appropriation en demeurant accessible à tous. Le bien commun est dépassement existentiel (de l’individu au groupe qui a en partage des intérêts matériels), dépassement spatial (la planète constituant la communauté d’intérêts matériels suprême) et dépassement idéologique (sortie du capitalisme de marché).

3.  Le pôle conservateur
    

Un troisième usage politique se déploie aujourd’hui dans les espaces intellectuels et politiques conservateurs, où il devient l’instrument d’une critique de la modernité libérale au nom de l’unité culturelle, des traditions collectives et de la continuité historique des « civilisations ». Ici, le bien commun est mobilisé pour opposer au pluralisme contemporain une vision plus substantielle, souvent homogénéisante, du corps social : il renvoie à un héritage partagé, à des mœurs communes qu’il conviendrait de préserver contre les effets dissolvants de l’individualisme et de la globalisation. On retrouve ici la perspective d’un bien commun comme ordre moral : un ensemble de règles, de valeurs et d’habitudes partagées qui définissent les conditions de possibilité d’une société stable. La source chrétienne de la conceptualité y est particulièrement assumée comme un marqueur identitaire fort. On le retrouve assez tôt dans les premiers discours programmatiques du Front National, dans les cercles théoriques proches de l’Action française (qui nomme sa revue « Bien commun » en 2018) ou dans le nom de la fondation de Pierre-Edouard Stérin qui semble diriger un profond travail de (re)mise en circulation d’une culture catholique conservatrice. Ce phénomène n’est pas seulement français. On pourrait presque identifier aujourd’hui une « internationale conservatrice du bien commun ». Aux États-Unis, des juristes comme Adrian Vermeule défendent, sous le nom de _common-good_ _constitutionalism_, une refondation du droit constitutionnel autour d’un ordre moral substantiel, explicitement inspiré de Thomas d’Aquin. La Heritage Foundation, think tank phare du conservatisme américain mobilise elle aussi la normativité du bien commun pour justifier [une politique de restauration des valeurs traditionnelles et de recentrage de la nation sur son héritage chrétien](https://www.heritage.org/the-constitution/commentary/finding-the-constitutions-common-good). De même, l’[Université Notre Dame](https://ethics.nd.edu), foyer intellectuel majeur du catholicisme universitaire, abrite des programmes de recherche où le bien commun devient le socle d’un plaidoyer pour une orientation morale forte de l’action publique.

La crise du modèle libéral
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Le bien commun est un concept qui peut-on dire « a fait époque », et qui après une longue période de déconstruction et d’occultation se trouve restauré dans le langage d’une époque dont les cadres de pensée sont radicalement différents. Dans la diversité des usages que nous présentons, la restauration du concept désigne un recalibrage d’une pensée politique qui réfute en quelque sorte ses propres méthodes et outils de compréhension du social : le discours contemporain mobilise un concept prémoderne pour répondre à des problèmes post-modernes. Ainsi, pris comme phénomène lexical global, le retour du bien commun n’est pas seulement le signe d’un rapport nostalgique à des idées anciennes, mais la manifestation d’une défaillance du présent à se suffire à lui-même conceptuellement. On trouvera là une raison de suivre la [thèse latourienne d’une conceptualité « hybride » proprement moderne](https://shs.cairn.info/nous-n-avons-jamais-ete-modernes--9782707148490) : la modernité politique n’a peut-être jamais cessé de produire des objets hybrides, composites, où cohabitent des strates de rationalité qui paraissaient incompatibles. Le bien commun redevient pensable au moment précis où les frontières du politique – entre morale et droit, individu et collectivité, immanence et transcendance – cessent de fonctionner comme des séparations étanches. 

Ce que le langage politique réactive ici, c’est la question fondamentale auquel le « bonum commune » médiéval répondait : comment nommer ce qui excède la somme des intérêts individuels ? Le registre symbolique du concept, la transcendance qui avait porté à l’évacuer du lexique moderne, la quête de substance politique qui s’y exprime et son empreinte théologico-politique doivent être appréhendés comme des traces en cours de retravail dans un moment de profonde déstabilisation du cadre normatif libéral. Si le bien commun réapparaît aujourd’hui avec une telle insistance, c’est qu’un décalage s’est creusé entre les cadres procéduraux hérités de la modernité et leur capacité à susciter un attachement durable. On observe alors un déplacement de la demande de légitimation vers un [« régime de la valeur »](https://editions.flammarion.com/de-lethique-de-la-discussion/9782080413413) dans lequel l’action publique est sommée de rouvrir l’espace des finalités collectives en disant ce qui compte, ce qui vaut, et ce qui mérite d’être poursuivi en commun.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Démocratie` 

**Langue :** `#Français` 



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