# La diplomatie féministe : un outil face au backlash mondial ?
**Date de l'événement :** 06/03/2026
* Publié le 06/03/2026

### Date
06/03/2026

## Chapô
**En ce 8 mars 2026, les droits des femmes reculent sur tous les fronts : coupes budgétaires massives, offensive anti-genre dans les enceintes multilatérales, effondrement de l'aide au développement. Derrière cette régression, une nébuleuse idéologique structurée et bien financée, qui s'emploie méthodiquement à effacer les femmes et leurs droits des textes internationaux. À l'occasion du 8 mars, Delphine O, ancienne diplomate autrice de _[La diplomatie féministe est un sport de combat](https://www.tallandier.com/livre/la-diplomatie-feministe-est-un-sport-de-combat/)_ (2023) et enseignante à Sciences Po, revient sur les ressorts de ce backlash mondial et les nouvelles lignes de front qui s'ouvrent pour la diplomatie féministe.**

## Corps du texte
Alors que le monde s'apprête à célébrer la _Journée internationale des droits des femmes_ ce 8 mars, l’heure n’est pourtant pas à la fête en cette année 2026. Jamais  les droits des femmes n'avaient été aussi frontalement attaqués, dans les faits comme dans les textes internationaux. Que peut la diplomatie face à cette régression historique ?

Un recul historique : coupes budgétaires et offensive anti-genre
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Alors que la pandémie de Covid-19 avait déjà eu des effets dévastateurs sur les inégalités entre les femmes et les hommes — accroissement des violences intraconjugales en période de confinement, hausse du nombre de grossesses non-désirées et de la mortalité maternelle du fait de l’interruption des services de santé spécifiques aux femmes, déscolarisation continue des filles, impact sur l’emploi des femmes) —, les décisions de l’administration américaine depuis la réélection de Donald Trump en novembre 2024 ont précipité un recul sans précédents pour les droits et l’égalité. 

En février 2025, la présidence américaine annonçait l’annulation de 337 millions de dollars de financements à _UNFPA_ (United Nations Population Fund), soit la quasi- totalité de la contribution des États-Unis à cette agence onusienne en charge de la santé sexuelle et reproductive. Les programmes concernés, qui ont dû cesser leurs opérations, portaient sur des services de santé maternelle, la protection contre les violences faites aux femmes, l’accompagnement médical à l’accouchement et d’autres services essentiels de santé dans des contextes humanitaires de crise : Gaza, Soudan, Ukraine. Au total, la suppression de l’agence américaine d’aide au développement USAID aura entrainé l’annulation de 740 millions de dollars de projets de santé maternelle et infantile, et l’interruption de très nombreux projets de lutte contre le VIH. En Afghanistan, en Éthiopie, au Yémen et dans de nombreux pays africains, des cliniques ont fermé et des milliers de femmes sont mortes, faute de soins et d’assistance médicale.

S'ils représentaient une part disproportionnée du secteur du développement en matière de santé sexuelle et reproductive, les États-Unis ne portent pas seuls la responsabilité de cette catastrophe. De très nombreux pays européens s’alignent aujourd’hui sur une politique de compression de l’aide au développement, sous la pression simultanée d’une situation budgétaire et fiscale contrainte et de la popularité croissante d’un discours anti-développement porté par l’extrême-droite. Les chiffres sont sur ce point éloquents : 

*   réduction de 75% des subventions aux ONG annoncée par le gouvernement néerlandais fin 2024, 
    
*   baisse du pourcentage du PNB consacré à l’aide publique au développement du Royaume-Uni de 0,7% en 2020 à 0,5% en 2025, avec une projection à 0,3% en 2027. 
    

Au printemps dernier, _ONU Femmes_ publiait les résultats d’une étude mondiale menée auprès de plus de 400 ONG de terrain dans 44 pays sur l’impact de ces baisses de financement. L’étude aboutit à une conclusion alarmante : près de la moitié de ces organisations pourraient disparaître dans les six prochains mois, la majorité ayant déjà réduit leurs activités et leur personnel, alors même qu’elles délivrent des services de première nécessité pour les femmes et les filles dans des zones de conflit.

Ces coupes budgétaires ne sont cependant pas les seules en cause. Elles expriment, au mieux, un désintérêt pour les politiques d’égalité de genre, au pire la victoire d’une idéologie ouvertement anti-genre, prônant le retour à un ordre dans lequel les femmes se consacrent exclusivement au foyer et à la procréation – la préoccupation pour la dénatalité servant de caution démographique à ce projet idéologique au Nord comme au Sud. 

L’« internationale réactionnaire » : anatomie d’un lobby anti-genre
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Ce mouvement de backlash – terme qui a fait son entrée dans le discours médiatique mais qui gagne à être mieux compris et précisément cerné – est une nébuleuse structurée et bien financée. Selon le _Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs_ (EPF), dont les rapports font autorité, elle regroupe des partis politiques ultra-conservateurs, des fondations philanthropiques, des entrepreneurs, des ONG religieuses, des organismes. Son rapport intitulé « La nouvelle vague : comment l’extrémisme religieux reconquiert le pouvoir », évalue à 1,18 milliards de dollars les financements alloués aux mouvements anti-genre entre 2019 et 2024, contre 700 millions de dollars sur la décennie précédente sur le sol européen. 

Ces sommes financent des campagnes de partis politiques ultra-conservateurs qui glorifient le patriarcat et le retour à une répartition des tâches entre femmes et hommes, des campagnes médiatiques ou législatives visant à détricoter la législation en faveur de l'émancipation des femmes, des opérations de communication anti-avortement ou anti-droits LGBT, etc. C’est cet écosystème, florissant aujourd’hui autour de la présidence américaine, qui alimente ce qu’Emmanuel Macron a désigné comme l’« Internationale des réactionnaires ».

Son impact sur les régressions récentes en matière de droit international pour les femmes est évident. Depuis plusieurs années, les travaux de la _Commission sur le statut de la femme_ (CSW) à l’ONU et d’autres enceintes multilatérales sont paralysés par une coalition qui s'applique à contester le langage agréé sur les droits des femmes, à revenir sur les droits acquis, à s’opposer à toute nouvelle reconnaissance de droit, voire à tout bonnement supprimer toute mention des inégalités entre femmes et hommes. Aux côtés des États-Unis, on retrouve dans cette Sainte Alliance », dont je décrypte les mécanismes dans mon ouvrage _[La diplomatie féministe est un sport de combat](https://www.tallandier.com/livre/la-diplomatie-feministe-est-un-sport-de-combat/)_ (Tallandier, 2023) et dont la cohérence idéologique et culturelle laisse perplexe :  la Russie, la Chine, le Saint-Siège, l’Iran, l’Arabie saoudite, l'Égypte, la Hongrie, le Nigéria, le Pakistan, le Cameroun, la Pologne, le Nicaragua, le Guatemala, l’Argentine, la Gambie et d’autres encore, au gré des votes et des enceintes. 

De manière inquiétante, ces attaques systématiques et bien coordonnées, souvent en appelant au vote à contrario de l’adoption par consensus, quitte à faire échouer l’adoption des textes, n’interviennent pas que dans les enceintes consacrées aux droits des femmes. Au cours des dernières années, elles se sont manifestées par exemple au sein de l’_Organisation pour l’Aviation Civile Internationale_ (OACI), l’_Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture_ (FAO), ou encore dans le _G7_ et le _G20_, lors de négociations sur des sujets totalement différents, mais où la simple mention de la reconnaissance d’inégalités structurelles entre les femmes et les hommes ou de politiques de soutien aux femmes a été délibérément éradiquée des textes. L’expression « droits et santé sexuels et reproductifs », pourtant intégrée dans le langage agréé des Nations Unies depuis plusieurs décennies, est systématiquement attaquée par des États, de même que les références aux différents types de famille, à la planification familiale ou encore à la diversité des femmes et des filles, visant ainsi, à travers le langage, à faire disparaître… les femmes et les filles, et leurs droits, des textes internationaux. 

La riposte : le relai des Sud ?
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Face à ce backlash géopolitique, que peut la diplomatie féministe ? Concept novateur inventé en 2014 par le gouvernement social-démocrate suédois et incarné par sa ministre des Affaires étrangères Margot Wallström, il a été adopté depuis par une douzaine de pays (Espagne, France, Luxembourg, Mexique, Colombie, Chili, Slovénie, Libéria, Canada, Mongolie, et à l’avenir Maroc, Sri Lanka), chacun le définissant et l’adaptant à ses propres intérêts nationaux et internationaux. La France, qui s’est dotée en 2025 d’une _Stratégie internationale pour une diplomatie féministe_, lui donne la définition suivante :

> « La France place les droits des femmes et des filles et l’égalité de genre au cœur de sa politique étrangère. Elle en fait une priorité dans chaque domaine de son action européenne et internationale, quels que soient les sujets : la paix et la sécurité, le climat et l’environnement, le développement, la gouvernance démocratique, les droits de l’Homme, l’action humanitaire, les enjeux économiques, financiers et commerciaux, le numérique, la culture, l’éducation, la santé et la sécurité alimentaire, etc. » 

Plus que jamais, la diplomatie féministe donne un mandat clair aux gouvernements qui s’en dotent : placer les droits des femmes au cœur de leur politique extérieure, quels que soient le domaine d’action et la zone géographique. 

Tout autant que la diplomatie économique ou la diplomatie environnementale, la diplomatie féministe est une priorité constante de l’action internationale et répond à un enjeu géostratégique : renforcer la défense du système multilatéral fondé sur le droit international (face à l’érosion du premier et les remises en cause du second), et identifier clairement les pays qui la portent sur l’échiquier des puissances à l’aune des valeurs qu’ils promeuvent. Il s’agit, à titre d’exemple, d’adopter systématiquement une perspective de genre dans l’approche des crises et des conflits, en mettant en œuvre l’Agenda _«_ Femmes, paix et sécurité _»_, adopté en 2000 par le _Conseil de sécurité des Nations Unies_, qui priorise la prévention des violences contre les femmes dans les conflits et la participation des femmes dans les processus de paix. 

De manière analogue, la lutte contre le réchauffement climatique au niveau international ne peut être conçue et déployée sans une attention particulière à son impact disproportionné sur les inégalités de genre, mais aussi au rôle de premier plan que jouent les femmes dans la résilience et l’adaptation dans la majorité des pays touchés de plein fouet par le phénomène. Il en va de même pour la diplomatie commerciale (les traités de libre-échange incluant de manière sporadique des clauses sur l’emploi féminin), la diplomatie culturelle, la diplomatie numérique… C’est aussi sous cette impulsion que la France s’est dotée en 2020 du Fonds de soutien aux organisations féministes – premiers fonds mondial de financement des ONG féministes des pays du Sud (250 millions d’euros de financement à 1700 ONG dans 75 pays entre 2020 et 2025) – ou encore du Laboratoire pour les droits des femmes en ligne – la première plateforme d’échanges de bonnes pratiques et de soutien aux initiatives de lutte contre les cyberviolences sexistes et sexuelles au niveau international.

Sur le plan géopolitique, l’objectif des diplomaties féministes est aujourd’hui double : résister à l’érosion du concept au Nord et élargir sa base au Sud. Entre 2022 et 2024, trois gouvernements européens (Suède, Pays-Bas, Allemagne), historiquement porte-étendards du concept, ont décidé coup sur coup d’abandonner leur diplomatie féministe suite à des élections ayant porté au pouvoir des gouvernements à majorité conservatrice. Ce désaveu aurait pu porter un coup fatal à l’idée d’une diplomatie qui porte haut et fort les droits des femmes comme une priorité, mais aussi comme un levier d’influence et un outil géopolitique.

C’est pourtant l’inverse qui s’observe dans les pays du Sud. Plusieurs d’entre eux ont adhéré au _«_ Feminist Foreign Policy + Group _»_ à New York – un groupe de pays engagé sur ce sujet. En 2025, ce sont le Maroc et le Népal qui ont ainsi rejoint les rangs de ce collectif, et le Sri Lanka pourrait le rejoindre cette année. Cette recomposition des forces, qui reflète l’évolution géopolitique du monde, était visiblement à l’œuvre lors de la IVᵉ Conférence ministérielle des diplomaties féministes, qui s’est tenue à Paris en octobre dernier et dont j’assurais le secrétariat général. Sur 55 pays présents – une première pour cette conférence –, 27 étaient des pays du Sud, avec une forte représentation de l’Amérique latine et une présence inédite de pays africains (Maroc, Libéria, Sierra Leone, Angola, etc.) aux côtés d’organisations régionales (_Organisations des États américains_, _Union pour la Méditerranée_, _Conseil de l’Europe_). 

Cette conférence, dont l’objectif était de relancer une dynamique internationale et inter-gouvernementale pour défendre les droits des femmes dans les enceintes multilatérales, était une gageure en soi : maintenir son organisation dans un contexte international de pressions appuyées pour faire marche arrière sur l’égalité et la lutte contre les discriminations n’allait pas de soi. Pourtant, la déclaration politique adoptée à l’issue de l’évènement a permis de réaffirmer l’engagement des gouvernements, dont un certain nombre de pays du Sud, à défendre ces droits, et notamment les droits sexuels et reproductifs. Les motivations de ces pays sont diverses : défense du système et du droit international qui leur permet d’avoir une voix dans le concert des nations ; alignement avec leurs priorités intérieures et leur société civile ; stratégie de visibilité dans l’environnement multilatéral et régional. Quelles que soient ces motivations, la configuration géopolitique du moment est désormais claire : s’il est impératif que des pays européens et nord-américains, comme l’Espagne et la France, continuent leur engagement féministe à l’international, la relève viendra des Suds.

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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