# Les femmes au cœur du contrat social chinois ?
**Date de l'événement :** 06/03/2026
* Publié le 06/03/2026

### Date
06/03/2026

## Chapô
**Confrontée ces dernières années à une chute démographique sans précédent, la Chine opère un virage nataliste qui replace le corps des femmes au cœur des priorités de l'État. Entre dispositifs incitatifs inédits et résurgence d'un idéal familial traditionnel, le régime peine à concilier l'émancipation d'une génération de femmes autonomes avec ses impératifs économiques et démographiques. À l'occasion du 8 mars, Isabelle Attané, démographe à l'Ined et enseignante à Sciences Po, revient sur ces enjeux centraux pour les Chinoises et leur nation.**

## Corps du texte
En 2025, pour la quatrième année consécutive, la Chine a perdu des habitants. Elle en compte désormais 1,405 milliard, soit près de huit millions de moins qu’en 2021, année de mise en œuvre de la politique autorisant les couples à avoir un troisième enfant. Les naissances, désormais moins nombreuses que les décès, ont connu un nouveau record à la baisse en 2025 : 7,92 millions, soit deux fois moins qu’en 2015, lorsque la politique de l’enfant unique a été abandonnée. Aujourd’hui, ce sont les femmes chinoises qui sont en ligne de mire : elles ne font plus en moyenne qu’à peine un enfant, un niveau de fécondité parmi les plus faibles du monde.

Alors que sa croissance économique ralentit, la Chine est confrontée aux défis des pays les plus riches : une très faible fécondité, un vieillissement démographique rapide et une réduction de la population d’âge actif. Pour y faire face, le gouvernement chinois doit améliorer le système de protection sociale et de retraites afin d’offrir des conditions de vie décentes à une population âgée en forte croissance, alors même que la répartition des richesses est devenue très inégalitaire1. Mais au-delà de ces ajustements politiques nécessaires, l’État ne peut plus faire l’économie de mesures natalistes qui placent les femmes au cœur de la dynamique de son modèle. L’avenir semble ainsi suspendu à une équation complexe : concilier les enjeux démographiques du dynamisme économique avec les nouvelles aspirations à l’autonomie des femmes chinoises.

Les corps des femmes, variable d’ajustement de la politique de Pékin
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Le gouvernement chinois manifeste désormais une approche beaucoup plus favorable à la natalité. L’abandon de la politique de l’enfant unique en 2015 et l’adoption simultanée de la politique de deux enfants pour tous ont marqué un tournant symbolique majeur, mais sont restés sans effet durable sur la fécondité (graphique 1). Des mesures plus offensives sont donc mises en place depuis 2021. Tous les couples chinois sont désormais autorisés à avoir trois enfants. Pour les y encourager, mais aussi pour inciter les femmes à demeurer sur le marché du travail afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre, des mesures sociales et fiscales sont proposées. Comme dans les nombreux autres pays qui cherchent aussi à relancer la natalité, ces mesures ont une double vocation. Elles visent d’une part à réduire les coûts liés à la naissance et à l’éducation d’un enfant et, d’autre part, à permettre aux femmes de concilier vie familiale et professionnelle, notamment en développant les structures d’accueil pour enfants en bas âge2. Le congé de maternité a été allongé, un congé parental a été instauré pour les pères et un système d’allocations familiales a été mis en place. Il s’agit aussi de limiter l’impact d’une naissance sur l’activité des femmes en luttant contre leur discrimination à l’embauche, les inégalités de salaire entre hommes et femmes à poste égal et les licenciements abusifs à la suite d’un congé de maternité. 

Reste que ces mesures visent principalement les femmes, toujours considérées comme les principales pourvoyeuses de soins aux enfants en bas âge. Elles témoignent ainsi des attentes toujours différenciées vis-à-vis des hommes et des femmes dans la société chinoise et d’une répartition inégalitaire des tâches domestiques au sein du couple et de la famille. Malgré la volonté officielle du gouvernement de lutter contre la discrimination à l’embauche liée à la maternité, celle-ci reste un frein majeur. De nombreuses entreprises hésitent à recruter des femmes en âge de procréer par crainte des coûts associés aux congés. Pour beaucoup de Chinoises, l’injonction patriotique à faire des enfants entre en conflit direct avec la réalité d’un marché du travail très compétitif.

De nouvelles menaces sur les droits reproductifs
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La troisième campagne de limitation des naissances lancée en 1971, et plus encore la politique de l’enfant unique adoptée en 1979, ont été marquées par une mise en œuvre autoritaire, voire coercitive. Pendant près d’un demi-siècle, les Chinoises n’ont eu pratiquement aucune marge de manœuvre concernant leur vie reproductive : l’utilisation de la contraception était obligatoire pour les femmes mariées (pose d’un stérilet imposée après la naissance d’un premier enfant et ligature des trompes celle du deuxième) et un avortement était généralement imposé à celles enceintes sans autorisation préalable. 

Un changement de paradigme s’est opéré à partir de 2015. Désormais, la contraception n’est plus imposée de manière autoritaire. Le stérilet et la stérilisation féminine, dont le recours est en net recul, sont progressivement remplacés par des méthodes dites de court terme, dont l’efficacité dépend davantage de l’assiduité des femmes et de leur partenaire, à savoir notamment la pilule et le préservatif. La fin de l’obligation de la contraception dite de long terme, bien que positive par essence puisqu’elle va a priori vers davantage de libertés de choix pour les couples, sert de toute évidence l’objectif nataliste du gouvernement. Cela apparaît d’autant plus clairement que, en janvier 2026, une taxe sur les moyens de contraception a été rétablie, rendant ces produits plus difficiles d’accès en particulier pour les personnes les plus défavorisées et les partenaires non mariés. Combinée à la récente décision du gouvernement chinois de réduire la pratique des avortements provoqués pour raisons non-médicales – officiellement pour préserver la santé des femmes – cette décision limitera de fait leur possibilité d’avorter en cas de grossesse non désirée, et donc de décider du nombre de leurs enfants. En parallèle, le Code civil adopté en 2021 a allongé la procédure pour les divorces par consentement mutuel, visant ainsi implicitement à favoriser la stabilité des mariages et des familles. Dans la société chinoise où le mariage hétérosexuel reste la norme et un prérequis social à l’arrivée d’un enfant, la fécondité hors-mariage ne compense pas la faible fécondité des couples mariés, comme c’est le cas dans de nombreux pays européens. En tentant de décourager les divorces, ce resserrement législatif risque de maintenir les personnes concernées, notamment les femmes, dans des unions insatisfaisantes voire violentes. 

Ces changements de réglementations relèvent d’un positionnement politique qui prône désormais un retour aux valeurs familiales traditionnelles. Les femmes sont incitées à se recentrer sur la sphère conjugale et familiale, laissant ainsi présager de nouvelles formes de pressions sociales et politiques auxquelles elles pourraient être soumises3. Le discours prononcé en 2023 par Xi Jinping devant la Fédération des femmes est sans ambiguïté à cet égard : 

« Les femmes ne doivent pas seulement œuvrer à leur propre développement, mais aussi à l’harmonie familiale, à la cohésion sociale et au développement national. \[Il s’agit de\] promouvoir des traditions familiales exemplaires, en guidant les femmes… \[afin de\] perfectionner les politiques de soutien à la fécondité \[…\] et de lutter activement contre le vieillissement de la population » (Xinhua 2023).

Ces nouveaux paradigmes continuent ainsi de contraindre les libertés individuelles et les choix reproductifs des femmes chinoises, bien qu’avec des objectifs opposés à ceux qui ont prévalu jusqu’en 2015. Elles sont en effet appelées à jouer un rôle clé dans la réponse aux défis démographiques et économiques de la Chine, et leur capacité reproductive reste une variable d’ajustement. Ces nouvelles injonctions politiques entrent toutefois en contradiction avec les aspirations des jeunes générations de femmes, qui ont acquis davantage d’autonomie économique, familiale et vis-à-vis des hommes.  

Les femmes au cœur de l’équation politique chinoise
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Ces tendances démographiques seront d’autant plus difficiles à contrer que les réformes engagées pour relancer la natalité n’auront probablement pas les effets escomptés. Le recours à l’immigration, envisagé par de nombreux pays pour compenser le manque de main-d’œuvre et ralentir le vieillissement de la population, n’apparait pas non plus comme une solution pérenne pour la Chine tant les besoins sont considérables. Pour donner un ordre de grandeur, la totalité du réservoir de main-d’œuvre de l’Indonésie – 4e pays le plus peuplé du monde et qui compte 170 millions de personnes âge actif – ne suffirait pas à compenser entièrement la baisse de la population d’âge actif de la Chine à l’horizon 2050. En outre, bien qu’elle se positionne désormais en tant que pays d’accueil de travailleurs étrangers, elle continue de privilégier l’immigration hautement qualifiée alors que ses besoins en main-d’œuvre concernent surtout les secteurs primaire et secondaire. En pourcentage de sa population, la part d’immigrés en Chine figure parmi les plus faibles au monde et son solde migratoire reste négatif. 

Les solutions démographiques (relance de la natalité, immigration) s’annoncent peu prometteuses à court terme. Les autorités chinoises devront donc concentrer leurs efforts sur la réforme structurelle de l’économie, sur le développement du capital humain et sur l’amélioration du système de protection sociale pour faire face aux transformations démographiques et en limiter l’impact sur l’économie, sur les familles et sur les femmes. À terme, les pressions que la démographie est à même de faire peser sur le développement économique et social de la Chine, mais aussi sur les femmes désormais plus indépendantes et émancipées de leur conjoint et de leur famille, pourraient en outre entamer la légitimité du Parti communiste à la tête de l’État. Ce serait alors le contrat social tacite entre la société et le Parti – le monopole des affaires politiques pour le Parti en échange de la prospérité économique pour la population – qui serait remis en cause et pourrait venir compromettre la stabilité sociale.

**Notes :** 

1.  En 2020, les 10% des Chinois les plus riches possédaient près de 70% de la richesse nationale totale, soit un niveau supérieur à celui de l’Inde (64%) et comparable à celui des États-Unis (71%). World Inequality Report 2022 ([https://wir2022.wid.world/www-site/uploads/2022/02/WIR\_2022\_FullReport.pdf)](https://wir2022.wid.world/www-site/uploads/2022/02/WIR_2022_FullReport.pdf\))
2.  Attané I. (2022) « Trois enfants pour tous en Chine ? », _Population & Sociétés_, n°596.  
    
3.   Attané I. (2026), “Thirty years after the Cairo conference: Unaddressed Issues in Chinese Women’s Life and Reproductive Choices”, _China Population and Development Studies_, pp. 1-19. [https://doi.org/10.1007/s42379-025-00206-6](https://doi.org/10.1007/s42379-025-00206-6).

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

### Thématique
`#Géopolitique` 

**Langue :** `#Français` 



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