# Comment la France peut-elle stabiliser sa dette ?
**Date de l'événement :** 15/10/2026
* Publié le 15/10/2026

### Date
21/10/2026

## Chapô
**Alors que s’ouvre le débat sur le budget 2027, la France doit définir une trajectoire capable de stabiliser sa dette et de restaurer durablement ses comptes publics. Xavier Ragot, directeur de recherche au CNRS, professeur au Département d’économie de Sciences Po et président de l’Institut français d’Économie (IFE), centre de recherche indépendant de Sciences Po consacré à la recherche et à la prévision économiques, revient sur les possibilités offertes pour dessiner sur une trajectoire économiquement soutenable. Quel effort la France devra-t-elle consentir pour stabiliser sa dette, et selon quelles orientations politiques pourra-t-elle le répartir au cours du prochain quinquennat ?**

## Corps du texte
Le débat budgétaire s’ouvre avec le projet de loi de finances présenté par le gouvernement, dans un contexte d’incertitude sur la capacité du Parlement à trouver les compromis nécessaires pour réduire le déficit, et à la veille d’une élection présidentielle, qui devra trancher des questions budgétaires difficiles. L’ampleur de l’effort nécessaire pour stabiliser la dette publique est désormais documentée, mais celui-ci reste abstrait pour nos concitoyens. Ce texte vise à en donner une mesure concrète. Si l’effort est important, il peut être accompli selon différentes orientations politiques, de droite comme de gauche. D’autres pays ont d’ailleurs réalisé des ajustements de plus grande ampleur.

### **Comment estimer l’effort nécessaire ?**

Plusieurs indicateurs permettent de mesurer les déséquilibres des comptes publics français. Le premier est le déficit public : attendu à 5,4 % du PIB en 2026, il reste éloigné de l’objectif de 3 % correspondant aux engagements de la France. Le deuxième est la dette publique, qui atteint 119 % du PIB en 2026, contre 64 % en Allemagne. Le troisième est la charge d’intérêts, c’est-à-dire le coût annuel de la dette. Dans le budget de l’État, elle devrait atteindre 91 milliards d’euros en 2027, soit davantage que le budget de l’Éducation nationale, même lorsque l’on inclut les pensions.

Un autre indicateur s’impose progressivement dans le débat : l’effort budgétaire nécessaire pour stabiliser la dette publique rapportée au PIB. L’intérêt de cette mesure est d’abord de fixer un objectif difficilement contestable. Stabiliser ce ratio constitue une définition minimale de la soutenabilité de la dette, autrement dit de la capacité à en maîtriser le poids dans la durée. C’est aussi une étape nécessaire avant de la réduire, quel que soit l’objectif de long terme. Cet indicateur donne ainsi un cap concret à la politique budgétaire. Surtout, il oblige à envisager les choix sur plusieurs années, dans un délai réaliste pour rétablir les comptes publics.

L’ajustement nécessaire pour stabiliser la dette publique est estimé à 125 milliards d’euros. Avant de mettre ce chiffre en perspective, il faut expliquer pourquoi son calcul est délicat. Il suppose d’abord de définir l’évolution des recettes et des dépenses « à politique inchangée », c’est-à-dire en l’absence de nouvelles décisions budgétaires.

### **L’inaction produit une hausse mécanique des dépenses**

Que signifie « ne rien faire » en matière budgétaire ? Cela consiste d’abord à appliquer les lois déjà votées et toujours en vigueur, ainsi que les mécanismes de revalorisation automatique de certaines prestations sociales. Les dépenses de santé, par exemple, augmenteraient spontanément de 3,5 % à 4,2 %. Cette hausse peut être freinée par des mesures portant notamment sur le prix des médicaments ou sur l’organisation des soins en dehors de l’hôpital. Selon que l’on retient le bas ou le haut de cette fourchette, les conséquences budgétaires sont importantes.

L’évolution démographique soulève des difficultés supplémentaires. La baisse de la natalité devrait réduire le nombre d’enfants scolarisés dans les années à venir. Que faut-il alors entendre par « politique inchangée » ? Maintenir la trajectoire du budget de l’Éducation nationale, ce qui permettrait de réduire le nombre d’enfants par classe ? Ou maintenir une dépense constante par élève ? La notion de politique inchangée repose donc en partie sur des conventions, qui doivent s’appuyer sur des hypothèses raisonnables.

Enfin, l’estimation dépend des conditions économiques nationales et mondiales. Une crise climatique ou financière, comme des gains de productivité inattendus liés à l’intelligence artificielle, modifierait l’effort nécessaire pour stabiliser la dette.

Compte tenu de ces incertitudes, une fourchette de 125 à 150 milliards d’euros paraît raisonnable pour estimer l’effort nécessaire à la stabilisation de la dette publique à un niveau supérieur à 120 % du PIB. Le montant dépend notamment des taux d’intérêt : plus ils sont élevés, plus l’effort doit être important. Ces ordres de grandeur permettent d’analyser les projets de loi de finances (PLF) et de financement de la sécurité sociale (PLFSS) présentés par le gouvernement pour 2027, en partant des grands équilibres avant d’examiner le détail des mesures.

### **Les objectifs et prévisions du gouvernement**

Le gouvernement vise d’abord une réduction du déficit public de 5,4 % du PIB, niveau attendu en 2026, à 5,0 % en 2027. Ces prévisions sont celles du gouvernement. Elles seront nuancées plus loin au regard des prévisions de l’Institut français d’économie (IFE).

Cette baisse de 0,4 point de PIB peut sembler modeste. Elle résulte pourtant d’un effort budgétaire très important. Dans le projet de budget, les baisses de dépenses et les hausses de recettes réduiraient le déficit, toutes choses égales par ailleurs, de 1,2 point de PIB : 0,5 point grâce aux recettes nouvelles et 0,7 point grâce aux économies. Par rapport à l’évolution spontanée du déficit, l’effort serait même de 1,4 point de PIB, selon le Haut Conseil des finances publiques (HCFP). Un tel effort est rare dans l’histoire des finances publiques françaises.

Comment un effort de 1,4 point de PIB peut-il se traduire par une baisse du déficit de seulement 0,4 point ? Plusieurs facteurs en atténuent les effets. D’abord, la progression spontanée des dépenses sociales creuserait le déficit de 0,2 point de PIB, ramenant l’amélioration à 1,2 point. Ensuite, la charge d’intérêts augmenterait de 12 milliards d’euros entre 2026 et 2027, soit environ 0,3 point de PIB. L’amélioration serait alors ramenée à 0,9 point.

À cela s’ajoutent des évolutions conjoncturelles défavorables : une baisse des dividendes versés par les entreprises dont l’État est actionnaire et une consommation moins dynamique. Le manque à gagner sur les recettes représenterait 0,4 point de PIB, ramenant la réduction du déficit à 0,5 point. Enfin, le freinage de l’activité lié aux mesures budgétaires pèserait à hauteur de 0,1 point de PIB. Au total, le déficit diminuerait donc de 0,4 point, passant de 5,4 % à 5,0 % du PIB.

Ces chiffres sont ceux du gouvernement, repris dans la présentation du HCFP. Ils reposent sur une hypothèse de croissance élevée en 2027, qui est de 1%. Les prévisions de l’Institut français d’économie (IFE) retiennent une croissance plus faible, à 0,5% ce qui conduit à un déficit conjoncturel plus grand pour 2027, de l’ordre de 5,4%. Cependant, il ne s’agit pas ici de discuter les perspectives conjoncturelles et les risques pour cette année, mais de donner les ordres de grandeur en jeu.

### **La répartition des efforts proposés**

L’effort initial est donc important, mais la hausse de la charge d’intérêts et les facteurs conjoncturels réduisent de plus de moitié son effet sur le déficit de 2027. L’effort de 1,4 point de PIB proposé pour 2027 se répartit entre 0,6 point de recettes nouvelles et 0,8 point d’économies sur les dépenses. Comme dans tout projet de budget, le détail des mesures est technique et recouvre des dispositifs très divers. La modification du calcul des allègements généraux de cotisations sociales, qui réduisent les cotisations payées par les entreprises, rapporterait 6,6 milliards d’euros. Le plafonnement à 3 000 euros de l’abattement appliqué aux pensions des retraités rapporterait 1,4 milliard d’euros, par exemple.

Sans présenter ici toutes les mesures, on peut en dégager une impression générale : le projet repose sur un grand nombre d’ajustements des dispositifs existants, chacun d’un montant relativement limité. Ils concernent de nombreux acteurs et domaines : entreprises, administrations, retraités, allocation de rentrée scolaire, dépenses de santé, etc. Ce choix risque de ne pas satisfaire les partis qui souhaitent concentrer l’effort sur certaines catégories. Sans soutien politique fort au Parlement, il pourrait aussi cumuler les mécontentements.

Revenons à l’objectif de stabilisation de la dette publique. L’effort nécessaire est estimé entre 125 et 150 milliards d’euros par rapport à l’évolution attendue à politique inchangée. Avec 43 milliards d’euros d’effort, le projet de budget pour 2027 en représente environ un tiers.

L’issue du débat parlementaire reste incertaine, mais il paraît peu probable que le budget soit adopté avec un effort de cette ampleur. Si celui-ci est réduit cette année, la part restante sera reportée sur les années suivantes.

### **Plusieurs combinaisons sont possibles pour réduire le déficit**

Il est donc très probable que la stabilisation de la dette exige des efforts budgétaires du même ordre de grandeur pendant les quatre premières années du prochain quinquennat, voire pendant toute sa durée.

Comme le montre ce projet de budget, plusieurs combinaisons de mesures sur les recettes et les dépenses permettent de réaliser un tel effort. Les travaux du Conseil d’analyse économique (CAE) confirment que [des orientations politiques de gauche comme de droite sont compatibles avec une réduction du déficit sur cet horizon](https://cae-eco.fr/maitriser-les-finances-publiques-fixer-une-trajectoire-credible-et-transformer-la-gouvernance). La difficulté est donc avant tout politique. Quels candidats à l’élection présidentielle peuvent proposer un programme prévoyant quatre ou cinq années de réduction du déficit ? Des dépenses nouvelles restent possibles voire nécessaires pour l’environnement, la santé, l’éducation ou la recherche, mais elles doivent s’accompagner d’économies supplémentaires.

La difficulté du redressement des comptes publics français tient moins au montant total de l’effort ou à la nature des mesures qu’à la nécessité d’un engagement politique sur plusieurs années, malgré les chocs économiques et politiques à venir. Cet effort durable suppose deux conditions.

La première est que l’opinion publique comprenne les montants en jeu et les risques d’une hausse incontrôlée de la dette française. Le débat électoral ne saurait se réduire à une discussion budgétaire ou comptable, mais toutes les propositions devront s’inscrire dans un cadre financier contraint.

La seconde est de disposer d’institutions qui permettent d’inscrire le débat budgétaire dans la durée, pour limiter les décisions à courte vue liées à l’instabilité politique et à l’absence éventuelle de majorité. Le Conseil d’orientation des retraites (COR), par exemple, a contribué à éclairer la trajectoire à long terme des dépenses de retraite. Des désaccords subsistent entre ses membres, mais ils sont exposés et discutés dans ses rapports. Il faut des institutions capables de contribuer de la même manière à un consensus sur l’ensemble des budgets de l’État et de la sécurité sociale.

### Thématique
`#Démocratie` 

**Licence :** `#CC-BY-ND (Attribution, Pas de modification)` 

**Langue :** `#Français` 



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